Le 1er avril La poule et le coq

Najera-San domingo de la calzada 28 Km

Un vent de 40 Km souffle pendant toute la journée. L’ombre des nuages défile à mes côté et me dépassent les uns après les autres,


Il y a des moments plus difficiles, des vieux tourments hantent mon esprit et provoquent chez moi le contraire de la sérénité, la contrariété. J’essaie de me raisonner. En fait, ma contrariété vient du fait que la situation est hors de mon contrôle.Je dois l’accepter : accepter ce qu’on ne peut changer et vivre le moment présent. J’ai souvent pensé que lorsqu’on vit le moment présent, il est très difficile d’être tourmenté. Le tourment appartient au passé ou au futur, mais pas au présent. Heureusement parce que le moment présent reste toujours avec nous jusqu’à la fin de notre vie, il suffit de le retrouver pour se porter mieux.

Je croise un troupeau de 200 moutons guidé par un berger et son chien, on dirait un roi avec sa cour. C’est la première fois de ma vie que je rencontre un véritable berger. Il a l’air heureux, il sourit et me salue en m’envoyant la main. Son vaillant chien, occupé à ramener les moutons égarés ne remarque même pas ma présence.

compostelle
La télé-réalité en est maintenant à faire des émissions sur le pèlerinage. Un groupe de pèlerins espagnols sont filmés par une chaîne de télévision locale. Ils hébergent au même gîte que les autres, question de faire plus réalité… Évidemment, ils sont tous jeunes et beaux, ont les meilleurs lits et disposent d’une camionnette taxi pour les sorties en ville.

Claude et moi pouffons de rire à regarder le spectacle. La caméra suit les moindres de leurs gestes. Claude dit :

— C’est quoi ça, ils vont filmer le Saint-Esprit maintenant ?

Je le regarde un instant puis j’ajoute :

— Ne vous en faites pas avec ça, Claude, le Saint-Esprit, ils vont le mettre en postproduction.

C'est dans la cathédrale de Santo Domingo de la Calzada, qu’on expose une poule et un coq blancs dans une cage pour se remémorer le célèbre miracle.

La tradition rapporte qu’en ce 14e siècle, un jeune pèlerin voyageant en famille avait été injustement pendu pour vol par la faute d’une servante jalouse : pour se venger de l’indifférence du pèlerin à son égard, elle cacha une coupe en argent dans la besace du jeune homme. En dépit de ses protestations d’innocence, le pauvre Hogonell fut condamné et pendu sur le champ.

Inquiets de retard d'Hugonell, ses parents retournèrent à Santo Domingo où, miracle, ils entendirent leur fils leur dire qu’il était toujours vivant, car St-Jacques le protégeait. Ils se précipitèrent chez le juge pour raconter le prodige. Incrédule, ce dernier répondit qu’il croirait si le coq et la poule rôtis, dont il s’apprêtait à déguster, se mettaient à chanter. Ce que les volatiles firent aussitôt en sautant du plat.

Il y a aussi un livre d’enfants qui raconte cette légende de façon très différente. Cette histoire raconte que le jeune Hugonell fut sauvé d’une maladie mortelle lorsqu’il avait 5 ans. Sa mère, pour remercier Dieu, décida de donner à chaque année sa plus grosse poule et son plus gros coq à la personne la plus pauvre qu’elle connaissait. Le père trouva que ce sacrifice était insuffisant et décida d’amener toute sa famille en pèlerinage à Compostelle. En route vers Compostelle, ils firent halte dans une auberge de la ville de Santa Domingo. La servante cacha la coupe d’argent dans la besace du jeune pèlerin. Les policiers arrêtèrent Hugonell et saisirent tous ces biens, dont la poule et le coq qu’il transportait. Hugonell fut accusé de vol et condamné à mort. Le juge après avoir rendu son verdict demanda à sa servante de faire cuire la poule et le coq du jeune condamné. La servante garda pour elle la volaille d’Hugonell et fit cuire à la place une poule et un coq moins gros.

Lorsque les parents s’aperçurent que leur fils ne les suivait plus, ils retournèrent au village où ils apprirent que leur fils était condamné à mort. Ils allèrent voir le juge pour demander sa clémence. Le juge leur dit: "que leur fils était aussi vivant que la poule du jeune qu'il s’apprête à manger ! ». C’est à cet instant précis que, la poule et le coq, du couple allemand s’échappèrent de la cuisine et se mire à chanter... Stupéfait, le juge décida de donner plus de crédibilité à la version du jeune Allemand et fit revenir la jeune fille pour l’interroger. La jeune fille prise de remords avoua qu’elle avait elle-même dissimulé le vase en argent. Le juge acquitta donc le jeune Hugonell.

Je préfère de loin la deuxième version parce qu’elle témoigne plus de la magie de la vie. C’est la poule et le coq que la mère du jeune Hugonell a transportés depuis l’Allemagne qui a sauvé son fils pour la deuxième fois. Ces mêmes poules qu’elle donnait aux pauvres pour remercier Dieu.

De retour à l’auberge, un Espagnol, proclame « haut et fort » en espagnol son d’admiration pour moi. Tous les pèlerins , une quinzaine, me regardent . Je pense qu’il fait référence à la marche dans la boue que j’avais faite à Logrono. Je ne comprends de son discours que cette phrase : « Voici, un vrai pèlerin ! » Je suis gêné, je souris, je les salue et je vais me coucher.

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