Le 22 avril Monte Del Conzo. Le grand ménage !

Argua-Monte del Cozo
34 km à 38 km de Compostelle

C’est l’avant-dernière journée de marche, je vais me rendre à Monte Del Cozo, une petite ville située à 4 kilomètres de Compostelle pour y passer la nuit. Je ne veux pas arriver à Compostelle après une journée de 38 kilomètres de marche. Je préfère respecter la tradition qui veut qu’on entre dans la ville de St-Jacques de Compostelle frais et dispos.

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Pendant que je marche, tous les bons souvenirs défilent dans ma tête comme si je regardais un bon film. Je suis fébrile et content d’être sur le point d’arriver. Je savoure chaque pas sachant que le dernier va bientôt arriver.

Près de la ville, il y a une effigie sur laquelle est inscrit Santiago de Compostella. Je me prépare à la photographier quand une groupe de touristes français se précipitent sur moi. Ce sont deux couples de bons vivants qui font le voyage en auto depuis Portomarin. Je reconnais l’un des hommes, c’est l’un des mégas ronfleurs de l’auberge de Portomarin. Ils savent que je suis Canadien et que je suis parti de St-Jean Pied de Port.

Ils sont vraiment heureux de voir le Canadien! Ils veulent que je sois sur leurs photos. Alors, ils me placent à côté de l’effigie et prennent une photo de moi seul, une photo de moi avec le couple numéro un, une photo de moi avec le couple numéro deux, une autre photo de moi avec les deux couples. La dame du couple numéro deux se plaint qu’elle n’a pas pris de photo de moi avec son appareil. Alors, je reprends ma place près de l’effigie et ils prennent une autre photo. Sur ce, on s’embrasse et on se dit au revoir.

Cela m’amuse beaucoup, je me sens un peu comme une mascotte avec laquelle tout le monde veut se faire photographier.

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Quelques kilomètres plus loin, j’arrive à Monte Del Cozo.

Il y a une gigantesque auberge qui a été construite pour la venue du pape en l’an 2000. Il y a tout ce qu’on peut avoir besoin : un restaurant, un café internet, des machines à laver et une épicerie.

Je prépare mon arrivée à Saint-Jacques de Compostelle. J’aime l’idée de faire les choses selon les règles de l’art, on doit rentrer propre à Compostelle. Alors, je me lave, je me rase, je me peigne, je me brosse les dents et tout le tralala . Ensuite, je vais à la buanderie pour laver mon linge, car j’ai l’intention de mettre mes plus beaux habits.

Pendant que mon linge sèche, je décide d’aller nettoyer mes souliers. Je m’agenouille sur le bord de la fontaine. Je frotte mes souliers avec mes mains. Puis sans raison apparente, je pleure comme un enfant, en silence, en enlevant la boue de mes souliers. Je ne comprends pas tout de suite pourquoi. Sur le moment, je ne sais comment l’expliquer.

Je pense à tous ces pèlerins qui ont fait le camino, il y a 1000 ans. Ils n’avaient ni argent, ni garantie de trouver une auberge le soir. Ils devaient faire face aux brigands, au froid et à la maladie. Certains en sont morts. Ils n’avaient aucun avantage financier à faire le pèlerinage, ils étaient mus par une seule chose, leur foi. C’étaient des inconnus dont les noms n’ont jamais été cités dans un livre, mais quel mérite ils avaient ! Quelle joie devaient-ils ressentir à la vue de la cathédrale!

Je n’ai pas raconté le centième de ce que j’ai vécu et ressenti. Je ne crois pas que les mots peuvent rendre mon vécu. Ce qui rends le mieux mon vécu a été dit par mon fils Félix de 6 ans. Je vous raconte l’histoire. Félix parle souvent d’une petite fille qui s’appelle Roxanne. Curieux de savoir, s’il est amoureux d’elle, je lui demande : « Félix, lorsque tu vois Roxanne, est-ce que ton cœur bat vite? ». Il réfléchit puis il me regarde et répond : « mon cœur ne bat pas vite lorsque je vois Roxanne, papa, mon cœur danse ! Il danse ! lorsque je vois Roxanne. »

C’est bien cela que j’ai vécu pendant ces trente jours, mon cœur a dansé au rythme de mes pas, et il m’a amené lentement pas par pas jusqu’à cette fontaine où je sens mon coeur nettoyé par la simplicité et la beauté de la vie.

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