Le 21 avril Arzua. À Dieu

Palais de Rei - Arzua
29 km à 38 km de Compostelle

Claude est un lève-tôt. Il est toujours l'un des premiers à quitter l'auberge. Je ne suis pas très bon dans l'art de dire au revoir. Je me sens souvent mal à l'aise et je ne sais pas trop comment réagir. Pendant que je prends mon déjeuner, il vient me dire au revoir. Je suis triste, j'aurais aimé avoir une dernière conversation avec lui. J'espère que je vais avoir la chance de le revoir pour prendre un dernier café avec lui.


Je marche pendant deux heures, avant que je le retrouve assis dans un café. C'est avec plaisir que je m'assoie à sa table. L'année dernière, Claude a fait la première partie du chemin de Dupuy à Pampelune, une marche d'environ 800 km. Il a déjà vécu l'expérience du départ, il me dit que même si tu aimes ta famille c'est toujours à regret que tu quittes le camino. Je réalise que mon retour est imminent et que je suis à la fois heureux de revoir ma famille et triste de quitter ce chemin. Il m'aide à enfiler mon poncho. Je me dirige vers la sortie. Je me retourne et je lui dis : ¨à Dieu¨

Nous avons déjà eu une conversation sur le sens du mot adieu à Rabanal. Il sait très bien ce que je veux dire. Pour nous, « adieu » veut dire que la prochaine fois que nous nous reverrons pourrait bien être dans un autre monde. Nous ne savons pas. Nous espérons que nos chemins vont se rejoindre un jour à Dieu.


Je sors du restaurant. Une terrible tempête de pluie fait rage. Je suis émue. Je marche à toute vitesse dans le silence pendant deux heures. Je ne connais plus de pèlerin avec qui je peux partager mes impressions. Je devrai finir la route seul. Qu'il en soit ainsi.

J'arrive à Arzua. Tout mon linge est sale et trempé. Ma priorité est de trouver une sécheuse et une laveuse pour que j'aie du linge propre pour mon arrivé à Compostelle, Il n'y a en pas à l'auberge. J'aperçois, affiché sur un babillard, l’annonce d'un nettoyeur qui offre des spéciaux pour les pèlerins.

Je vais donc chez le nettoyeur qui est fermé pour le dîner. Je m'assois dans les escaliers et j'attends environ une heure. La propriétaire arrive en auto de luxe de l'année, une Volvo noire qui brille tellement, on l'a cirée. Une beauté espagnole qui a dû faire plier les genoux de beaucoup d'hommes dans sa vie, sort de la voiture. Elle est jeune, environ 35 ans et très belle. Elle a la richesse et la beauté. Si j'ai vu une sorcière à Carrion de los Cordes, maintenant, je suis en face d'une princesse.

Je suis impressionné par sa beauté. J'essaie de ne pas trop la dévisager. Je lui montre ce que j'ai : une paire de pantalons, deux paires de bas, deux paires de bobettes, et deux t-shirts et ma veste. Je lui demande le prix pour le nettoyage. Elle me dit 10 euros ! Je pense qu'elle fait une farce. Je lui dis que je suis pèlerin. Il n'y a pas un spécial pour le pèlerin dans l'annonce? Elle a un visage de plomb, c'est dix euros ou ce n’est rien. On sait tous les deux qu'elle est en train de m'escroquer, mais je n'ai pas le choix, j'ai besoin de linge sec pour continuer la route et elle le sait. Je lui donne mon linge. Elle me dit de revenir à 8 heures du soir.

Je reviens à 8 heures. Je suis toujours impressionné par sa beauté, mais cette fois je la regarde droit dans les yeux et je lui donne les dix pièces d'euros. Elle comprend l'espagnol non verbal que je lui sers. Je vois dans ses yeux, un soupçon de tristesse, puis le visage de plomb prend la forme d'un visage humain. Je prends mon linge, je lui souhaite bonne soirée et je vais à l'auberge. Sur la route, je sens le parfum de mon linge propre. Ça sent bon, quel plaisir. Je me demande si elle sait comment le linge qu'elle nettoie sent bon.

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