Le 12 avril Astorga. La solitude

Villar de Mazarife-Astorgal
32 kilomètres à 260 km de Compostelle

Il fait froid, Roberto l’Italien, mon compagnon de chambre, grelotte. Je lui donne l’épaisse couverture de laine qui m’a tenu au chaud pendant la nuit. Il me fait un signe de la main pour me remercier. C’est encore sombre dehors, mais pour moi ce n’est pas un obstacle, j’aime regarder le lever du soleil, je descends les escaliers de la maison sans faire de bruit, je déjeune et je marche seul dans les rues du petit village.
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J’ai ma tuque sur la tête, mais je sais qu’elle fera bientôt place à mon chapeau soleil. Le soleil brûlant n’est qu’à quelques heures de marche. Le matin, sur la plaine de la Maseta, le mercure peut descendre jusqu’à 0 C pour remonter par la suite jusqu’à 25 C au milieu de l’après-midi.

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Mon départ de Léon, plus tard que prévu, a comme conséquence que je ne marche plus avec les mêmes pèlerins. La plupart des pèlerins marchent la même distance au cours de la journée. Ils se quittent le matin pour se retrouver le soir à l’auberge. Mes compagnons de voyage habituel couchent probablement dans la ville suivante. Ils me manquent, il n’y aura pas ce soir de conversation et de souper en famille.

Je me sens seul. Je passe la soirée à flâner dans la ville. Je prends une bière dans un bar, je visite la cathédrale et je contemple le coucher de soleil. Je laisse le temps s’écouler, je me tais. Je me dis que le silence est quelque chose de fascinant, car on a toujours l’impression de perdre son temps lorsqu’on s’assoit et qu’on ne fait rien de spécial. Mais en réalité, être avec soi-même pendant quelques heures à réfléchir à tout et à rien, ne devrait pas être une expérience angoissante, mais plutôt une chance unique de s’écouter et de se regarder. Après tout, suis-je si ennuyant que l’idée de passer du temps avec moi-même suffise à m’angoisser ?

Parfois j’ai l’impression que mon ange gardien me laisse seul. Pour me permettre de savoir qui je suis réellement. Puis, après avoir cheminé un certain temps, je le retrouve à m’attendre patiemment prêt à repartir avec moi sur le chemin de ma vie.

Je me souviens de ce coucher de soleil, de cette lumière du soir, si douce et si belle qui m’apaisent avant d’aller me coucher.

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