Le 27 mars 2004 Pampelume-Puerta de la Reina

Le réveil est pénible, le roi continue toujours son concert pendant que je déjeune avec les autres pèlerins. On trouve ça drôle, il n'est pas possible ce mec !

Aujourd’hui, le chemin est fait surtout de collines. Je commence ma journée de marche par une montée qui dure près de deux heures. Pour la première fois, il n’y a plus d’arbre et le vent souffle avec beaucoup de force, ce qui rend la marche plus difficile. Je regarde derrière moi, je prends le temps d’admirer les Pyrénées. Cela m’a pris 3 jours de marche pour traverser cette chaîne de montagnes qui s’étend sur 80 kilomètres de large. En auto, ça m’aurait pris une heure pour couvrir la même distance, je réalise comment, à force d’utiliser des machines, on perd la faculté de prendre le temps de vivre. La marche, comme moyen de transport, nous amène à prendre conscience des effets qu'ont les machines sur notre mode de vie. Le rythme de ma vie est transformé ; je n'ai ni auto, ni cellulaire, ni baladeur ; il n'y a que moi, le paysage et le sentier.
Du haut de cette colline, je peux admirer les 50 derniers kilomètres que j’ai parcourus, cela me laisse toujours une drôle d’impression.

compostelle

Il y a des éoliennes installées le long du chemin, leurs gigantesques hélices font de l’ombre sur mes pieds. Elles frappent l’air en jouant une musique lugubre qui me donne le sentiment d’entrer dans un monde irréel.

Au sommet, il y a onze sculptures de pèlerins en fonte, ce sont des pèlerins qui marchent en groupe. Le vent est à sa plus grande intensité, il est difficile de rester en place. Je commence à avoir froid, je dois partir. Je salue pour la dernière fois les Pyrénées et j’entreprends la descente par l’autre versant.

compostelle

Je monte et je descends comme ça pendant des heures. Je traverse un long champ et j’arrive à une chapelle hexagonale, vielle de mille ans, construite par les chevaliers de l’Orde des Templiers. Je me suis assis à l’intérieur pendant dix minutes sans parler, même pas à moi.

compostelle

L’ordre des templiers était un regroupement de chevaliers qui protégeait les pèlerins contre les brigands. Il y a aussi de nombreuses légendes à leur sujet : par exemple, certains disent que c’est une société secrète qui aurait détenu la fameuse coupe que le Christ a utilisée lors du repas de la Cène. Ils avaient de nombreux rites très particuliers que l’Église catholique n’aimait pas. Un pape décida d’envoyer son armée les exterminer un certain vendredi 13 en 1453.

L’auberge de Puerta la Reina est super confortable : il y a un foyer, une belle cuisine, de l’eau chaude et même deux machines internet qui fonctionnent comme une sécheuse, pour acheter du temps, on doit y mettre des pièces d'euro, un euro pour dix minutes.

J’écris donc une longue lettre de quelques pages quand un « bog » de l’ordinateur gèle l’écran. Comme je ne veux pas que tout le monde lise ma lettre, j’essaie d’éteindre l’ordinateur, mais je n’y arrive pas. Je décide de le débrancher. Malheureusement, je ne débranche pas la prise de l’ordinateur, mais la rallonge sur laquelle sont connectés les deux ordinateurs de la pièce. Malgré tous mes efforts, je n'ai pas été capable de les remettre en marche. Pris de remords, je décide d’aller voir l’aubergiste pour lui dire que les deux ordinateurs sont tombés en panne en même temps et que, c’est de ma faute. Comme je ne parle pas espagnol, elle ne comprend pas. Elle me dit qu’elle ne connaît absolument rien aux ordinateurs et qu’elle ne peut pas me rembourser. Je lui réponds : « oui, mais je ne veux pas être remboursé, je veux juste vous dire que... » rien à faire, elle est partie.

J’ai rencontré plusieurs pèlerins depuis le début du pèlerinage. Nous nous suivons en faisant les mêmes étapes. Il y a Janine et Jean, les Pyrénéens. Un couple de Français adepte de la marche rapide qui est hautement compétitif. Il attribue beaucoup d’importance au côté physique de la marche.

Il est étrange, mais courant qu’une sorte de compétition s’installe entre les pèlerins performants. ceux qui marchent vite aiment bien arriver parmi les premiers. Parfois, c’est très agaçant, parce que ça coupe la communication. Avec le temps, j’en suis venu à préférer la compagnie des pèlerins qui n’en avaient rien à foutre de marché vite pour arriver les premiers.

Jean le Pyrénéen me parle de son fils qui est resté à Montréal, qu’il trouve le Québec formidable et qu’il aimerait bien un jour aller le visiter. Alors, Éric le bon gars, lui donne son adresse. Je n’avais pas fini de prononcer le mot adresse que déjà, il était rendu avec sa famille chez moi au Québec ! Plus tard, c’est avec une indifférence totale qu’il s’adressait à moi, mais il n’hésitait pas à me parler de son futur voyage au Québec... Je me suis senti manipulé ! Éric le bon ou Éric le bonasse ?

Il y a Tom qui est un jeune Australien qui n’a pas d’emploi. Il porte sur lui un sac à dos qui date de la seconde Guerre mondiale et qui doit peser 8 kilos de plus que le mien. Il est grand et costaud. Il a commencé son périple à Roncevaux. Il marche vite et il est toujours l’un des premiers à arriver au gîte. Il va par la suite payer cher son manque d’entraînement parce qu’il a eu une tendinite qui l’a considérablement ralenti, après Los Arcos, j’allais plus le revoir.

Etape suivante